Marcher dans le sud de la Corse, c’est avoir la mer et la montagne comme compagnons de route, toujours à portée de regard. Ici, la lumière est différente : elle se pose sur les rochers, éclaire les pins parasols et joue sur les vagues. Les sentiers serpentent entre criques turquoise et villages de pierre accrochés aux pentes, offrant un voyage à la fois physique et contemplatif. Le Mare a Mare Sud est, à mon sens, la plus belle façon de goûter à cette diversité.
Pourquoi le Mare a mare sud ?
En cinq jours seulement, on traverse des univers radicalement différents, tout en gardant le rythme lent qui permet de vraiment s’imprégner des lieux. C’est une excellente porte d’entrée pour qui rêve d’explorer la Corse du Nord au Sud, ou de simplement découvrir un concentré d’authenticité dans la partie la plus méridionale de l’île.
En pratique :
- Distance : environ 82 km en 5 étapes.
- Sens conseillé : Porto-Vecchio à Propriano, pour terminer en douceur sur la côte ouest.
- Atouts : variété des paysages, villages authentiques, proximité constante avec la mer

Le littoral sauvage, côté Porto-Vecchio
Au départ de Porto-Vecchio, les senteurs du maquis se mêlent à l’air salin, créant une atmosphère déjà dépaysante avant même d’avoir posé un pied sur le sentier. Les plages ici ne sont pas seulement de simples points de passage : elles sont une promesse de lumière et de calme, parfois accessible seulement à ceux qui prennent le temps de marcher. Roccapina, par exemple, avec son sable fin et son célèbre lion de granit qui veille sur la baie, reste l’un de mes souvenirs les plus marquants. J’y suis arrivé tôt, lorsque la mer est encore d’un bleu presque irréel et que le silence n’est troublé que par le ressac discret des vagues. En fin de journée, la lumière dorée transforme les criques en petits joyaux, invitant à s’asseoir et à simplement regarder. C’est ce contraste permanent entre la douceur des plages et la rudesse des rochers qui m’a frappé tout au long du littoral corse.
Les villages perchés, entre ciel et pierre
Après avoir longé la mer, le sentier prend de la hauteur et pénètre dans un autre monde : celui des villages perchés. Zonza, Levie, Quenza… des noms qui sonnent comme des haltes évidentes, où l’on sait qu’un café en terrasse se transforme vite en moment de partage avec un habitant. Les ruelles pavées, les maisons de granit et les fontaines aux pierres polies racontent l’histoire de générations entières qui ont appris à vivre en équilibre entre montagne et mer. À Levie, un soir, j’ai partagé un repas improvisé autour d’un fromage de brebis et d’un vin rouge local. Les conversations étaient simples, mais elles portaient cette chaleur humaine qu’on retrouve si souvent en Corse : un mélange d’accueil naturel et de fierté de transmettre son histoire. Dans ces villages, on marche moins pour avancer que pour absorber l’atmosphère.

Traverser le Cuscionu et rejoindre Bavella
Puis vient le plateau du Cuscionu, immense et ouvert, où les horizons semblent ne jamais finir. Ici, le sentier se déploie au milieu de prairies vert tendre, traversées par des rivières claires où les troupeaux viennent s’abreuver. On y croise des chevaux en semi-liberté, qui s’approchent parfois, curieux, avant de repartir au galop dans l’herbe haute. L’air y est plus vif, plus léger, et marcher devient presque méditatif. Mais l’arrivée vers les aiguilles de Bavella rompt cette douceur : soudain, les reliefs se dressent, spectaculaires, aux formes acérées qui paraissent taillées dans le ciel. C’est ici, entre la douceur du plateau et la puissance minérale des aiguilles, que j’ai ressenti le plus intensément la magie du Mare a Mare Sud.
Pourquoi revenir
En seulement cinq jours, le Mare a Mare Sud condense toute l’âme de la Corse : des plages sauvages baignées de lumière, des villages perchés qui respirent l’histoire, et des paysages de montagne qui imposent le silence. Ce qui reste, ce ne sont pas seulement les images – même si elles sont fortes – mais aussi les sensations : l’odeur du myrte et de l’immortelle chauffées par le soleil, le goût de l’eau fraîche d’une fontaine de village, et ce sentiment rare d’avoir traversé un monde à taille humaine. Ici, chaque pas compte double : un pour avancer, un pour s’imprégner.